« Quand le corps appelle au vide, c’est souvent l’âme qui cherche à reprendre sa place. » — Liliana Carreira
Le jeûne. Rien qu’à l’évocation de ce mot, les réactions fusent : admiration, peur, curiosité, scepticisme. Et pourtant, loin d’être une tendance passagère ou une nouvelle lubie bien-être, le jeûne est une pratique ancestrale, intuitive, et aujourd’hui validée par la science. Il est un appel à ralentir, à se recentrer, à faire de la place. Dans notre assiette, mais surtout dans notre corps, notre tête et notre vie.
Un élan venu de l’intérieur
Mon dernier jeûne de trois jours n’était pas prévu. Il est né d’un besoin profond de vide, de silence, de réinitialisation. Il a été porté par une intuition très ancrée, une sensation claire : mon corps voulait s’arrêter. Pas par contrainte, ni par recherche de performance. Juste pour respirer.
Synchronicité parfaite : ce jeûne s’est calé sur la nouvelle lune en Lion. Une période propice à la régénération, à la reconnexion à sa lumière intérieure. Preuve, une fois de plus, que lorsque l’on s’écoute vraiment, tout se met en place naturellement.
Le jeûne, une sagesse millénaire
Le jeûne est une pratique présente dans toutes les cultures et traditions spirituelles. Carême, Ramadan, Yom Kippour… Depuis toujours, on a su qu’il faisait du bien. Aujourd’hui, les neurosciences et la physiologie le confirment :
Dès 12h sans apport de sucre, le taux d’insuline chute et le corps entre dans une phase de lipolyse : il commence à puiser dans ses réserves de graisses pour produire de l’énergie. Autour de 16h à 24h de jeûne, il enclenche l’autophagie, un processus de nettoyage cellulaire profond, qui permet de recycler les cellules endommagées ou inutiles. Ce mécanisme, mis en lumière par le prix Nobel Yoshinori Ohsumi en 2016, est aujourd’hui reconnu comme un axe majeur de la prévention des maladies chroniques et du vieillissement cellulaire.
Entre 24 et 72h de jeûne, le corps entre également en cétose : il produit des corps cétoniques à partir des graisses, qui deviennent le carburant principal du cerveau. Cette source d’énergie est plus stable que le glucose, et beaucoup de jeûneurs rapportent une clarté mentale, une humeur stable et une profonde sérénité.
Jeûne prolongé vs jeûne intermittent : quelles différences ?
Le jeûne intermittent consiste à limiter la prise alimentaire sur une période de la journée (généralement 8 heures), souvent en sautant le petit-déjeuner. Il permet un léger repos digestif et une meilleure stabilité glycémique, mais n’engage pas les mêmes processus profonds qu’un jeûne prolongé.
Le jeûne prolongé (>24h) enclenche une cascade métabolique plus puissante : baisse de l’insuline, augmentation du cortisol de façon transitoire, activation de la lipolyse, autophagie, cétose, mais aussi réduction de l’inflammation systémique, stimulation de la neurogénèse et de la plasticité cérébrale. C’est une vraie réinitialisation métabolique et émotionnelle.
Les deux sont intéressants, mais n’ont pas les mêmes effets, ni les mêmes besoins d’encadrement.
Pour les femmes : une approche adaptée
Je le dis souvent : le jeûne intermittent, surtout le matin, est souvent trop stressant pour les femmes. Le matin, notre corps a besoin de protéines, notamment de tyrosine, pour activer notre cascade hormonale.
Jeûner le matin de manière répétée peut créer des effets inverses : fatigue des surrénales, troubles du cycle, perturbation de la thyroïde. Mieux vaut avancer l’heure du dîner, et offrir à son corps un petit déjeuner nourrissant et protéiné.
Mon expérience : 3 jours de reconnexion
Je n’ai pas suivi de protocole strict, seulement une préparation douce et intuitive. Deux jours avant, j’ai ralenti naturellement, diminué les excitants et écouté mes signaux internes. Le jour J, j’ai accueilli le vide.
J’ai bu de l’eau filtrée, des infusions de romarin, mélisse et fenouil, un peu d’eau avec du miel et du sel pour les électrolytes, et un jus d’herbe d’orge au troisième jour. Chaque soir, un cataplasme d’huile de ricin sur le foie et le nombril. La journée était rythmée par des étirements, de la respiration, des marches lentes, du journaling, une digital detox partielle.
Les effets ? Une clarté mentale fulgurante. Une paix intérieure profonde. Une peau plus lumineuse, un regard plus clair. Et cette créativité qui jaillit sans forcer. Je me sentais alignée.
L’après-jeûne : douceur et écoute
Le matin du quatrième jour, j’aurais pu continuer. Je n’avais pas faim. Mais j’avais des rendez-vous, un rythme qui accélérait, et j’ai choisi de rompre le jeûne en conscience.
J’ai commencé par un jus d’herbe d’orge, un peu d’eau électrolytique. Puis un bouillon d’os, des légumes cuits, des galettes de courgette, féta, œuf. Une compote sans sucre, trois dattes, des haricots verts vapeur.
Et là encore, des réactions : retour de l’appétit, fatigue vers 17h. Mon foie était encore sensible. Mes règles sont arrivées avec quelques jours d’avance, comme une détox hormonale.
Bien s’équiper pour bien jeûner
Voici ce que je recommande à mes clientes pour accompagner un jeûne :
- Un gratte-langue, pour éliminer les toxines dès le matin.
- Une bouillotte ou un bain chaud pour soutenir le foie.
- Un carnet pour noter ressentis, intuitions, clés intérieures.
- Des infusions ciblées (romarin pour le foie, camomille pour l’inflammation).
- Des chaussettes chaudes, une couverture, un plaid : pour s’ancrer.
Et surtout : un environnement doux, du temps pour soi, et une intention claire.
Le jeûne, oui. Mais pas pour tout le monde.
Comme toute pratique puissante, le jeûne demande discernement. Il est contre-indiqué en cas de :
- Troubles du comportement alimentaire (TCA)
- Grossesse ou allaitement
- Fatigue chronique sévère
- Diabète ou hypoglycémie instable
- Traitement médicamenteux lourd
- Adolescents, enfants
Si vous hésitez : faites-vous accompagner. Je suis formée à l’accompagnement du jeûne, et je connais bien les subtilités de cette pratique.
Le vide comme médecine
Jeûner n’est pas une punition. C’est un cadeau. Une façon de dire à son corps : je t’entends. Je te laisse respirer. Tu peux maintenant faire de la place pour l’élan, pour le renouveau.
Rappelons-nous qu’il faut parfois du vide pour accueillir le plein, et du silence pour que l’abondance puisse entrer.